Il court, il court
- Marianne Abramovici
- 20 févr.
- 2 min de lecture

Il est sans doute le plus ancien habitant de notre maison et pourtant, je ne l’ai jamais vu.
Je n’ai que des indices, les traces de sa présence et encore, selon les saisons.
Durant tout l’hiver, je peux l’oublier. Les premiers automnes, j’ai cru pouvoir fermer son entrée dans ma propriété. Mais à chaque printemps, il rouvrait son accès vers son terrier, s’assurant une voie de sortie dans mon jardin, juste sous la balançoire.
Cela fait longtemps que plus personne n’utilise cette balançoire. Les enfants ont grandi. J’ai laissé cette partie du jardin devenir une prairie. C’est mieux pour la préservation des insectes paraît-il.
Nous avons planté notre héron en métal à l’orée de son terrier afin de prévenir d’éventuels passants de l’existence de cette entrée. Ce serait ballot que l’un d’entre nous se torde la cheville.
J’ai longtemps cherché à le surprendre, à interpréter les traces de pattes qu’il laissait dans la neige tardive, il y a plusieurs printemps. Fouine ? Furet sauvage ? Belette ? Petit renard ?
Je sais que le furet est une espèce sensée être domestique mais il y a quelques années, j’en croisais une sous la voiture de mon voisin. Elle avait la même queue que ma chatte, c’est pourquoi j’essayais de la faire rentrer. Mais je ne l’ai plus croisé depuis plusieurs saisons et l’ouverture s’enfonçant dans le sol est toujours aussi dégagée et nettoyée au début du printemps.
Par certaines soirées douces où je reste sur le perron à observer la lune et les quelques étoiles visibles dans le ciel francilien, je me prends à savourer le fait que je suis l’espèce locataire de ce lieu. Et dans ces temps incertains, je trouve un certain réconfort à l’idée d’être cela, juste un animal parmi d’autres dans la ville.
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Je l'ai rencontré peu de temps après avoir envoyé cette nouvelle au concours Lettres vives de l'Université Gustave Eiffel, 2025.
Je vous présente mon compagnon nocturne (devenu père de famille le printemps dernier)





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